Ahmed Zitouni de A à Z

Extrait de "Au début était le mort (La corde ou le chien)"

Roman paru aux Éditions de La Différence.

QUAND FEU MOHAMMED SE SURPREND PRENDRE DU GALON A « PARIS NUIT »

L’INSIGNIFIANCE DES MOTS, LE FLOU DES PHOTOS ! Slogan publicitaire éprouvé, dont je découvre la portée et l’efficacité, auquel je dois cette soudaine ascension, que je suppose brève, vers les sommets de la hiérarchie des faits divers.
Grâce à mon supposé talent de tueur de chien, ainsi qu’aux photographies bradées en douce par le flic naufrageur de souvenirs à un pisse-copie affairiste, le temps d’une édition hebdomadaire, ils m’ont propulsé en lumière et en couverture. Vedette accidentelle conviée en passive célébrité. Mohammed égaré parmi les tâcherons de gloriole. Une star !
Fini l’hébergement dans les articulets rachitiques des premiers temps de mort, torchés en « brèves » insipides dans de sinistres journaux de province, en cimetières insalubres, à la rubrique « Immigration », où je fulminais en solitaire, tournant en rond dans d’approximatives et étanches crucifixions de papier, questionnant en vain un passé verrouillé.
A mon cadavre défendant, je suis maintenant incarcéré dans un dossier de prestige, promu résident de luxe, j’ai failli dire « résident privilégié », tel un Immigré accédant au pinacle administratif. Cinq pleines pages dans les quartiers résidentiels de « Paris Nuit ». Une suite de magazine, rien que pour moi. Salon, portes-fenêtres sur boulevard « people ». Titres en majuscules, en gras et en couleurs, au rayon « société ». Photographies en prime. Pleine page de présentation et médaillon de garniture (avec ma bobine) en illustration de texte. Protocole des gros tirages exhumé pour l’occasion. Grandes formules et traitement d’exception, rien que pour ma pomme.

D’après les rumeurs et rancœurs colportées par mes envieux voisins de rubrique, désormais relégués en habitats plus sommaires, que du beau linge pourtant, j’ai droit à un traitement de privilégié, qui vaut paraît-il consécration. D’ailleurs, la rédaction unanime m’a décrété « sujet porteur ». Une variété d’illustration de je ne sais quel phénomène de société. Une sorte d’élu légitimé et béni par les Dieux de la communication.
Ce dont je doute.

DES GLACES ALLEGEES POUR CHIENS
« Les chiens d’Amérique du Nord ont bien de la chance. Le fabricant de glaces CoolBrands leur a concocté des douceurs glacées « plus saines », avec peu de sucres ou autres hydrates de carbone. « Les chiens adorent la glace », affirme le communiqué de CoolBrands. »
Libération… (24-25 avril 2004)

A peine le temps de balayer d’une pensée distraite ce nouveau signe d’approche de l’homme ?
Du fantôme ?
Du cador anonyme, persistant à vouloir forcer mon attention, qu’une voix de papier froissée, débordant de rancœur, s’est élevée d’un article mitoyen. :

- Je me demande comment tu t’es démerdé pour accéder à ce nirvana de l’artifice ? Quel anormal ou accidentel coup de pouce t’a propulsé dans notre dépotoir de félicités ? Quelles sont la nature et l’origine du piston qui t’ont orienté en célébrité imméritée ? a questionné le grésillement de papier émanant d’une sorte de vivant en sursis déguisé en frileuse apparition.

Derrière la source de la voix, gesticulait une sorte de cloporte suralimenté, en linceul trois colonnes et cravate de ponctuation.
Un faux fantôme, à première absence de vue !
Un vivant sur le départ, assigné à demeure à « Paris Nuit » ?
Une sorte de résident permanent, qu’on dénomme ici « people » ?
Fouillé dans des répertoires de célébrités inutiles engrangés en surface de mémoire, du temps où j’habitais en vivant indolent. Reconnu, à l’assurance de la voix, le produit achevé d’un savant et méticuleux maillage de réseaux de notoriété. Une sorte de mortel encastré à demeure dans cet espace VIP, contrôlant les intrusions dans ce pré carré annexé de haute lutte, ici comme sur tous supports porteurs.
Essayé de percevoir les traits de cet escroc en notoriété, ce « people » institutionnel, ce vivant colonisateur incrusté dans notre espace de mort.
Discerné une avancée blanchâtre de peau flasque, ricanant en cloques et poils, débordant d’un costume de prix bleuâtre cousu sur la bête. De la peau fourrée de viande et de graisse en fait. Que de la barbaque en décomposition intérieure, j’ai constaté.
Par expérience, tout de suite deviné la mort à l’œuvre, traçant son sillon en accéléré dans les dernières nervures du braillard. Ne se doutait pas, le malpoli, qu’il était sur les rails invisibles d’une rigidité à l’œuvre, en attente d’effacement, plus qu’à un souffle de sa fin. Réduit à des palpitations de façade, au-dessus de fibres déjà trépassées. Momifié gluant, le bonhomme. En représentant de vacuité triomphante, depuis belle lurette. Probablement, depuis son avènement en couverture de ce machin de presse « people ». Une intronisation conquise à l’endurance. Une légitimation au titre d’écrivain ou d’escroc, ou des deux réunis en un dans la frise carnassière d’un sourire d’accroche.

- Tu ne m’as pas l’air d’un gigolo exotique, il a couiné, sifflant depuis un orifice éclos en bas de visage, aux contours de trou de balle craintif, rougeâtre sur les bords et tremblotant dans les profondeurs. Tu n’es pas pédé militant, avec biographie et culs de célébrités alignés en tableau de chasse à caser dans de tardives confessions éditées à compte d’auteur. Non ! Tu n’as ni le look ni la gueule, encore moins la dégaine d’un de tes semblables bronzés qu’on retrouve dans les partouzes branchées. Tu n’es pas une personnalité avec carnet d’adresses et relations dans le milieu de la télé, de la radio, de la presse écrite ou de la mode… je le saurais ! Tu n’es pas un habitué des boites in où viennent s’encanailler les aspirants en notoriété du petit Paris. Tu n’es pas écrivain à blanc, acteur au rabais, journaliste alibi, ou autre commodité de pseudo réussite bas de gamme dans laquelle on est habitués à voir cartonner les Arabes de service ! Tu ne viens pas d’une cité sensible, à titre de terroriste islamiste, de nouveau Mesrine ou de caïd de réseaux de drogue. Tu n’es pas jardinier marocain, présumé et vite décrété assassin sur mesure de vieille bourgeoise, encore moins imam prédicateur de banlieue. Pas Oncle Tom bronzé… Ni poseur ni provocateur… Rien d’une célébrité provisoire… Rien, dans ton minable parcours, pour justifier cette incroyable prise de galons, ainsi que cette extraordinaire effraction en célébrité… Tu n’es qu’un con ordinaire, si je comprends bien ?… Un con d’Arabe si tu y tiens ?… Une racaille interchangeable… Un bougnoule anonyme qui s’est donné la peine de tuer son chien, pas plus… Même si tu l’avais bouffé en méchoui, ton clébard, il n’y avait pas de quoi squatter cinq pages, quand même !

CADORS MASSIFS
« Palaces et établissements de luxe s’intéressent aux chiens (« Le Journal du dimanche », 31/8 : « Un restaurant gastronomique propose, pour 15 euros, quatre menus élaborés grâce aux conseils d’un vétérinaire diététicien. Moyennant un supplément, dans la chambre, un panier ou un plaid « pensé par une créatrice » ainsi que deux gamelles seront installés. Sont prévus des parcours sportifs et des consultations chez un psychologue. »
Membre de la jet society protectrice des animaux ?
Le Canard enchaîné… (3 septembre 2003)

Je n’ai pas relevé.
Ni le pli amical de mon voisin emmerdeur cherchant attention par l’esclandre. Ses chiens de palaces agités en direction des cinq pages de mon caveau de luxe.
Ni les déductions de l’habituel squatteur des lieux, d’une cruelle logique au demeurant.
D’ailleurs, à quoi bon ! Je n’étais ni de son monde ni de ses dernières aspirations de « people » perpétuel. Loin de la jalousie et du mépris affiché de cet écœurant produit d’époque, bouffi d’insignifiance, saturé de vide et de rien, et n’essayant même pas de s’en extirper. Ailleurs, il était, Mohammed. Ailleurs, l’erreur de casting. Désossé et dispersé en morceaux, en grenade de viande désamorcée sous les belles phrases dans lesquelles les journalistes l’ont enveloppé. Statufié dans l’au-delà de l’insulte ou des triviales considérations de ce crétin obèse capable de faire de son divorce (un de plus ?) un événement de portée planétaire.

ANIMAUX
Photos, défilé… la gent canine avait rendez-vous samedi à paris.
« Jardin des Tuileries, samedi à Paris, c’était Dog-Day… »

Si tu crois détourner mon attention, me faire saliver en faisant miroiter ton titre d’article aux portes de mon bel appartement, tu peux te brosser ! Arrête ton cirque vite fait ou je fais appeler les vigiles du magazine. Tu ne vois pas que je suis occupé ?

« … Voilà qu’il faut s’inscrire pour le dogshooting. Les chiens ornés de cravates en plastiques bleu (fleurs pour les chiennes) numérotées, doivent s’asseoir dans un fauteuil face à l’appareil de Maarten Wetsema, posé à cinquante centimètres du sol. Déjà, on repère les vedettes du très attendu concours d’élégance (Dog Beauty Contest) qui va suivre. Toupie, une pinscher naine de 2 ans, avec sa casquette écossaise rouge : « C’est une des plus belles ! » Chanel 5, loulou de Poméranie miniature, est aussi très jolie, son maître la tient serrée dans son blouson… »

Tu vas immédiatement me faire le plaisir de cesser d’interférer dans ce début de conversation avec un habitué des lieux, vivant qui plus est. Va ranger tes bouts d’articles à la rubrique « animaux » de « Paris Nuit », où tu as dû les barboter en douce. Rien à foutre de ton « dogshooting » de stars canines ! Rien à secouer de tes défilés de dégénérés à quatre pattes. Ce n’est pas parce que je suis accusé (à tort) d’avoir tué un chien, que je vais saliver au moindre compte-rendu des prouesses de ses cousins. Allez, file ! A la niche. Et que je ne te reprends plus !

« … Toopsie est une toy-fox. Inutile de chercher, on ne les trouve qu’aux Etats-Unis, où vit Toopsie. « Elle est extraordinaire, dans le centre aéré pour chiens où elle va à New-York, elle apprend des tours de cirque en s’amusant avec d’autres amis. » Toopsie a froid, et Bérangère la fourre dans son sac à chien Gucci, « le dernier modèle », et ajoute son petit manteau rouge, « un pull bien chaud »… Catherine se tient à l’écart avec Diana, sa grosse podenco ibicenco, « ancêtre des lévriers »… Brutus et Max, deux frères welsh corgi, se pavanent, revêtus de tissu Vilmorin, avec Ophélie et sa fille Constance. « Ils ont déjà défilé pour les 20 ans de la gratounette Spontex. » Oula-oups, 14 mois, fait un tabac avec ses lunettes noires… Et puis, il y a Gaïa, minuscule croisement de jack russel et de king-Charles… »
Libération… (15 novembre 2004)

Vite escamoté l’article du voisin de mort qui, je viens de le réaliser, m’a suivi dans cette nouvelle affectation à « Paris Nuit ». Me suis promis de lui faire son affaire dès que l’occasion se présenterait.

Chassé de mes pensées les articles de racolage de l’intrus en mal d’amitié, dont un, particulièrement salace, sur l’ouverture de salons de massage de chiens au Japon. Failli succomber (oh !) sur les vertus relaxantes des mains expertes d’une geisha malaxant des couilles de chiens rupins. Me suis vite repris en indifférence. Faute de jambes accrochées à ma dépouille égarée je ne sais où, voulu me dégourdir quelque chose qui y ressemblerait, encore arrimée à mon fantôme. Me suis surpris observé, immobilisé, pétrifié plus que de coutume, sous la surveillance d’un visage détaillant ma nécrologie résumée en demi-colonne depuis sa photo de présentation. Tenté de fuir n’importe où. Cherché, par-delà le clinquant des décorations de mes cinq pages d’exploitation, une quelconque morgue de repli. Me suis senti crisser dans une rigidité de dégoût, toujours sous l’inspection de ce visage qui me scrutait jusqu’à l’os.

Ce visage de papier glacé ? Cette devanture de porc épique, en graisse et en fond de teint, que j’avais dû croiser et à peine remarquer, d’une fesse distraite, dans un des WC de chantiers par lesquels j’avais transité, au cours d’une défécation resquillée sur un lointain temps de travail. Je le connaissais ?
Vaguement !
Familièrement !
Sûrement à cause de l’acharnement qu’il mettait à caser sa bobine sur tout écran racoleur, sur tout support d’étoiles filantes, comme signataire de livres débités à la tâche par des nègres transparents, à titre de commentateur de tout ce qui pouvait se commenter en ce bas monde : « réforme de » je ne sais quel « mode de scrutin »… « foulards » dits « islamiques »… « cornettes » tues « catholiques »… « strings » salivés « panoramiques »… « recettes de menus minceur » ou « obésité (surcharge pondérale, à ce qu’il paraît ?) des ratés de la pilule »… « retour de Dieu » ou « vie affective des acariens »… Sa hure surexposée avait dû se fondre dans l’ordinaire de mes anciens décors sans horizon, s’était diluée tenace et vivace, puis inscrite à mon insu dans le brouillard des représentations encombrant mes quotidiens de naguère.
Je connaissais ce morpion de gazettes, l’avais comme qui dirait adopté (?), puis intériorisé à la longue. Comme on respirait… avant. Comme on digérait… avant. Pour avoir, de mon vivant démissionnaire, surpris et subi l’indécence de son visage, souvent incrusté dans de vagues fenestrons de retape. Peut-être pour la fascination de l’étrange ressemblance que j’avais relevée : une similitude presque parfaite avec un cul de bébé bien nourri, des joues potelées en fesses blasphématoires, des pommettes rouges de chanoine exhibitionniste veillant sur une bouche ciselée en trou de balle pudibond.
Peut-être aussi pour l’irritant décalage entre la vacuité de ses propos et le sérieux avec lequel il s’évertuait à les proférer sur tous supports porteurs ?

CADORS MASSIFS (suite)
« Quelques précisions sur la vie de chien dans certains palaces (« Aujourd’hui », 5/9) : Pour 365 euros (le prix de la chambre), les toutous de luxe ont un panier imitation fourrure, un plaid et des produits de beauté. Moyennant un supplément, ils pourront voir le psy ou se faire garder. Les chambres seront désinfectées après chaque départ. »
Cela change de tous ces hôtels où il n’y a que les puces qui soient acceptées. »
Le Canard enchaîné… (10 septembre 2003)

Vite étaler un bout d’âme sur la énième missive d’accostage de l’emmerdeur d’à côté. Planquer ce que le boulet invisible croit être des articles en phase avec le clinquant du magazine qui nous héberge. Profite de mon ablation de cervelle pour me bourrer le crâne avec ses défilés de chiens de luxe et de maîtres dégénérés, ses vies animales dans des palaces. S’imagine bien faire, en me saturant l’attention de chiens « people ». Croit me culpabiliser ? Me pourrir la mort en suggérant que je ne m’étais pas acquitté du minimum d’illusions que j’étais censé offrir à mon fidèle compagnon, mon trouble et défunt parent ? Ignore sans doute que Le Chien et moi, nous étions d’une autre humanité, d’une autre animalité.

DOGGY ART
« Ebouriffement dans le petit monde de l’art new-yorkais : Tilamook Cheddar, vieille terrier blanche aux oreilles noires (7 ans), menace de devenir artiste lancée. « À chaque fois, je la sens pressée de s’y mettre, dit son maître. Elle travaille avec ses crocs, ses ongles. Cela fait des gravures, des impressions. Son style se précise. » Total, une centaine d’œuvres (estimées à quelque 2000 dollars), des expos (New York, Amsterdam, Ibiza), et des collaborations avec des pairs bipèdes. »
Libération… (19 juin 2006)

Pauvre comique, tu me répugnes. S’appelait le Chien, pas Ouah Ouah Picasso, mon copain. D’ailleurs, ni Monsieur Chien ni moi, nous n’avions salivé sur des vies surfaites, dans des galeries et des expositions pour tarés à deux ou quatre pattes, où de vieilles foufounes décaties viennent s’extasier et saliver en douce. Encore moins dans des palaces, avec défilés et déhanchements de croupes affriolantes. Nos rêves, quand nous nous permettions le luxe d’en confectionner, étaient d’un autre univers, d’une autre variété de gamelles. Que des rêves de pauvres. De pauvres gens. De pauvres chiens. Avec des os à ronger et du temps réconcilié par-dessus à partager.
Alors, de grâce, arrête ton cirque, maintenant ! Nous avons de la visite, une sorte d’inspection. « Contrôle au faciès » et « délit de sale gueule » sont à l’ordre du jour de notre magazine d’hébergement. Garde tes articles de séduction pour une autre fois, dans un autre journal de déportation, quand le froid des morts exploitées en papier journal me sera moins pénible, quand je serai vraiment disponible. Disparais de mes champs de crainte. La star en costard cravate vient de s’approcher, traîner sa graisse et sa suffisance jusqu’aux marges de mes appartements.

- Enchanté, Monsieur ?…

Que lui répondre ?
De quel nom me prévaloir ?
Ignore, l’habitué des lieux, ce vivant à grande gueule, que je suis encore en conflit avec tout ce qui de près ou de loin s’apparenterait à un nom ou un prénom.
Les concierges journalistes, dès réception de mon curriculum vitae d’ex-vivant, dès enregistrement de mon pedigree social signifiant incarcération dans ce magazine, avant de m’affecter dans ces beaux quartiers de papier glacé, plutôt que de se casser la tête à débusquer l’imposteur resquillant dans de faux papiers et un nom d’emprunt, m’avaient baptisé Mohammed.

Commode dénomination, dans laquelle je me suis coulé. Une fois de plus.
D’ailleurs, du temps de mon séjour ante mortem, tout le monde m’appelait Mohammed. Les flics... Les médecins… Les assistantes sociales… Les chefs de chantiers ou d’ateliers… Les passants… Les automobilistes… les fonctionnaires, quand j’avais à subir leurs questionnaires et leurs paperasses… Tous m’appelaient Mohammed.

Je m’y étais fait. Et pas que fait, puisque c’est dans ce prénom que j’ai confectionné mes lits de renoncements successifs. C’est dans cette camisole sonore que j’ai appris et apprécié la paix de l’exclusion, que je me suis consumé à la brûlure intérieure des déportations consenties, que j’ai poursuivi en quiétude taciturne ma lente plongée (déjà bien avancée) en oubli.
C’est en Mohammed que j’ai répudié pour toujours femme et enfants. Viré de ce qui me restait d’entendement leurs baveux protocoles de soi-disant tendresse et leurs dénominations que je savais usurpées, étrangères à mon ressentir.
C’est aussi en Mohammed que je me suis enfui, puis recroquevillé pour toujours. Offert aux démangeaisons des parcours de folie qui m’appelaient, jusqu’à l’assignation terminale au 26 rue des Glycines. Verrouillé à la mémoire et à ses souvenirs traîtres. A l’attrait criminel d’une nostalgie primitive que je sentais toujours galoper sur mes sommeils de rebelle assagi.

C’est encore en Mohammed que j’ai souvent appelé à l’aide les yeux trop noirs d’une femme à la fenêtre.
Toujours en Mohammed que j’ai souvent soupiré en enfant égaré, quémandant tendresse, depuis les sommeils heurtés où je parvenais à m’abîmer.
Mais je m’égare. Une fois de plus !

C’est plus que jamais en Mohammed que j’ai entamé le compte à rebours du mourir, préparé des béquilles canines pour réunir mes deux pieds dans la tombe qu’on me refuse aujourd’hui.
On ne va quand même pas en faire un roman !

Vous pouvez donc m’appeler Mohammed, monsieur le Joufflu Bedonnant, ma susceptibilité perdue ne risque pas d’en souffrir. Inutile de faire des manières. Pourquoi hésiter ? A mes yeux, je veux dire ce qu’il en reste, Mohammed n’est plus que le bruit d’une dalle tirée sur les caveaux successifs de mes incarcérations de presse. Je vous assure que ce n’est pas un nom de guerre, à peine un nom d’emprunt, surtout pas un pseudonyme pour employer un terme qui me répugne et qui fait fureur dans vos contrées d’imprimerie avilie.
Prenez-le comme un générique d’humanité tenue à distance, un symptôme de haine d’une société attendant en clapotis sonores l’heure de l’exorcisme barbare à laquelle elle est déjà conviée.
Ce n’est qu’un raccourci de malaise se nourrissant de ses fièvres noires, une défroque culturelle, le plus urticant des symboles d’un racisme ordinaire prenant aises et places dans votre vocabulaire, dans vos quotidiens sans âme.
N’ayez pas peur ! Foin de cette mauvaise conscience qui tant vous taraude. Puisque je vous dis que tout le monde m’appelle Mohammed, pourquoi vous gêner ?

- Pourquoi pas les putes aussi, pendant qu’on y est ?

J’en ai connues ! Mais c’était avant de m’établir en coma conjugal, en petits coups bâclés d’avant ronflette. C’était dans un temps de stupeur et de rage, de mépris et d’arabicide.
Des frangines sans filiation, j’en ai croisées. Sur le bitume des désillusions partagées, j’ai pris pour mon grade, et pour le leur. Elles aussi m’appelaient Mohammed, pour couper court aux conversations inutiles, avant de m’inviter à dégager pour la plupart. Comme si s’embourber un Mohammed était signe d’indignité supplémentaire, de déchéance ou d’avilissement, une manière de couler plus bas dans le ruisseau des déclassés. Je parle des putes gauloises et assimilées, heureusement de plus en plus minoritaires sur les tapins de l’Hexagone. Les autres, esclaves d’importation, de l’Est ou du Sud, ne faisaient pas tant de façons. Pour elles, l’argent n’avait ni couleur ni origine. Une pipe laborieuse et mécanique ou un petit coup vite fait, payable d’avance, c’était comme qui dirait une gâche bienvenue, une nouvelle rentrée dans le budget du pain de fesses.

LECONS D’HYGIENE CANINE EN ITALIE
« La ville de Sondrio (nord de l’Italie) a annoncé l’ouverture prochaine de cours du soir pour apprendre le savoir-vivre aux propriétaires de chien. Programme : la gestion des bêtes en milieu urbain, l’apprentissage canin, le choix des chiots et leurs soins. Une quarantaine de personnes pourront y prendre part, sans leur chien. Des exercices à faire à la maison sont prévus. »
Libération… (27 février 2004)

- Hé Mohammed, tu ne vas pas me raconter ta vie ?

Absorbé par un inadmissible grain de poussière égaré sur le revers immaculé de son beau costume, le Joufflu Bedonnant n’a pas remarqué la nouvelle missive expédiée par l’allumé du voisinage. Je me suis empressé de subtiliser l’immatérielle présence de son contenu.

- Ta vie ?… il a crachoté comme on se débarrasse d’une pourriture oubliée dans une dent creuse, agacé et à peine pensif.

Ma vie ?… Mais je n’ai même pas commencé à vous la raconter, ni à vous ni à personne. Ne suis-je pas amnésique ? D’ailleurs, à quoi bon exhumer des parcelles d’humanité dont vous n’avez même pas idée ! Cet intermède dans la putasserie moderne, dans lequel une émotion sursitaire m’a égaré, n’était qu’un saupoudrage sans prétention pornographique, de l’érotico-douloureux retardataire, du « vécu » d’ameublement pour faire la conversation, comme on le postillonne dans votre jargon de convenances et de belles manières. Ne vous inquiétez pas, je n’ai ni la volonté, ni l’envie de revenir sur ce qui m’avait tenu lieu de vie. L’amnésique dans lequel je me suis rétracté essayait juste de ne pas répondre à votre question. Légitime défense, Monsieur ! Est-ce de ma faute si c’est tellement compliqué à expliquer, la vie, ou plutôt les relents d’avant mort d’un Mohammed en rupture de boussole, dans ce pays.

- Mais, cher ami, c’est aussi ton pays…

Je ne le sais que trop et c’est ce qui me tue… encore ! Comment dites-vous déjà ?… Ah oui, « cher ami »… Je disais donc, « cher ami », que c’est compliqué à décrypter, les pustules de vie d’un Mohammed de ce pays, censé être le sien. Trop compliqué, et trop dangereux surtout. Toute une langue à déminer avant d’oser le moindre début de conversation avec un compatriote de papier. Trop de mots aux senteurs vénéneuses à dépoussiérer avant d’accoster dans le pus de la plaie. Trop de relents nauséabonds dans les soubassements du vocabulaire. À croire que les dictionnaires ne servent que de murs de dissuasion, hérissés de barbelés et de tessons de verre. Comment se parler, je ne dis pas se comprendre, dans une langue où chaque mot à pour Mohammed valeur de mise en garde et en demeure, où chaque phrase signifie assignation à résidence, de préférence dans la marge ou dans la nuit de l’exclusion. Quant à ce qui nous rapproche, il y a encore trop de bombes à retardements dans les catacombes d’une histoire prétendument commune.

AU JAPON, LA MODE A DU CHIEN
« … Stars. Au Japon, la coquetterie canine n’est pas qu’un marché de niche. C’est un secteur en expansion. Avec ses marques et ses stars. Peur l’heure, le chien qui crève l’écran s’appelle Mimi, un teckel de 4 ans très demandé dans la publicité. Que ce soit pour le compte des cartes Visa ou dans une pub récente vantant un groupe immobilier : Mimi pose alors avec la chanteuse pop Maki. Rié Abe, manager de la chienne, confie qu’elle habille Mimi chez Dog Commune, griffe très tendance… »

- Hé, Mohammed, tu ne vas pas me faire chier avec la colonisation, l’immigration, le racisme ordinaire, et toutes ces conneries que vos protecteurs gauchistes prennent un malin plaisir à monter en épingle dans les journaux.
Au bûcher, Arlette Laguiller !
Par le pal et le chalumeau qu’il faut finir ce vieux con de Krivine !
A mort, tous les branleurs marxistes ! Les immigrés, les marginaux, le Libéralisme aura votre peau ! Tous les déchets de l’humanité, par la Consommation, on vous aura. Euthanasie par le consumérisme, Mohammed ! Par le Libéralisme, on vous effacera de nos journaux ! De nos regards ! Des derniers vestiges de notre mauvaise conscience !

Vous voyez, « cher ami », trop de malentendus en germe dans les mots, les regards, les gestes, censés nous relier et qui tant nous séparent. Toute une culture d’exclusion à combler. Une langue à inventer. Des mots neufs à bricoler, avec le même contenu pour relier nos solitudes craintives.

- Arrête de délirer, Mohammed ! Tu es fou !

Je ne vous le fais pas dire. Mais, je ne peux, hélas, vous retourner le compliment. Quant au délire, « cher ami », du moins au sens où vous l’entendez, il ne fait plus partie de mes habitudes, ni de vivant, ni de mort. Peut-être des symptômes dont ils ont affublé ma nécrologie de presse, et encore !

- Arrête ton cirque, Mohammed ! il m’a coupé sans ménagement. On est dans un magazine respectable ici, pas devant le Mur des Lamentations. Tes doléances et tes histoires de bicot paranoïaque, tu te les gardes pour une prochaine déportation, dans un journal gauchiste. Suffit, maintenant.

Comment dire à ce à ce Joufflu Bedonnant, qui ne s’est même pas rendu compte qu’il me tutoie d’autorité, comme si on avait pointé ensemble aux allocations du malheur ordinaire, ce qu’est la condition de toute minorité dans ce pays incapable de se regarder dans le miroir de toutes ses minorités. Dans quelle langue lui aboyer le drame ordinaire de chaque Mohammed sommé de vivre à part, formaté de travers, condamné de parler à tort, tétant à la supercherie de l’Universel qui n’en finit pas de le figer en particulier. En monstre. En monstrueux produit de la plus monstrueuse des sociétés.

« … Il y en a pour toutes les races et tous les âges, mâle ou femelle. Pull tricoté main, blouson coton ou acrylique (couleurs au choix et variations fluo), doudounes, anoraks et K-Way… Des dizaines de sociétés s’engouffrent dans cette activité. Les propriétaires de caniches miniatures et de mini-toutous, ados gâtés, filles ou garçons de 13 à 15 ans, étudiants ou personnes âgées esseulées, ont leur marque favorite. Après l’engouement pour la marque Puppia Tokyo, la folie acheteuse va vers Dog Supply Dot ou C-Lip. L’achat se fait en ligne, en boutique ou via un des trente-trois magazines canins édités dans le pays.
Libération… (9-10 Avril 2005)

Revoilà mon voisin anonyme, qui la ramène une fois de plus, un bout d’article de chiens japonais en pont d’intrusion. Veut faire diversion, avec cette manie de toujours vouloir tirer la couverture… le linceul sur lui. A croire qu’il se paie une crise de jalousie, cet abruti. Heureusement, le Joufflu Bedonnant n’y a vu que du feu.

- Tu me pompes l’air avec tes considérations de spectre sentencieux et, si j’ose m’exprimer ainsi, tes messes basses de musulman dégénéré! Autre chose à faire dans ce magazine que de perdre mon temps avec un fantôme malade. A la revoyure, cher ami !

Déçu, hein, « cher ami » ? Désolé de m’être ouvert les yeux en autodidacte, de ne pas m’être cantonné au marteau-piqueur et au balai affectés à mes aïeux. Mais rassurez-vous, je vais vite retourner dans la condition de sous-être dans lequel votre regard ne cesse de me broyer. Quant à mes mots, ils ne vous importuneront plus, car ils sont d’un autre temps, d’un autre contenu, d’une mémoire encore à revisiter, ancrée dans un futur proche, plein de violence et de certitudes difficiles. Inutile de vous draper dans une absence de dignité, avant d’aller tenir des conférences de presse dans votre quart de page de gloriole entretenue, de « publi-reportage », comme il vous répugne de l’avouer. Je commence à deviner ce qui vous fait rôder si près de mon fantôme. Récupérer. Etouffer. Eviscérer. Désamorcer. Exploiter pour mieux nier, comme d’habitude ! Votre cupidité vous perdra. A défaut de sueur à convertir en bénéfices, mieux vaut se rabattre sur des Mohammed fantasmés, à exploiter sur le marché des faits divers ! De quoi se faire un sacré paquet de fric avec mon histoire, ou ce que croyez être mon histoire, volée, reprise et formatée par un de vos nègres, avec commissions et juteux pourcentages. Je sais, le système est chiche avec ses victimes. Je ne le sais que trop !

- Pauvre bougnoule dérangé ! Tu ne sais pas ce que tu rates. La célébrité. Ta miraculeuse notoriété à convertir en avantages divers. Tout le pognon que tu aurais pu te faire, et la belle vie que tu aurais pu mener. Même en prison, où tu n’aurais pas manqué de finir. Surtout en prison, a-t-il postillonné, avant d’aller bouder dans l’encadré où étaient répertoriés les titres des pseudos romans et des essais commis par ses tâcherons appointés, le titre de « son » dernier récit, imprimé en gras et en rajout d’article, afin de mieux attirer l’attention du lecteur.

- Tuer un chien, quand on s’appelle Mohammed, je l’ai entendu marmonner plus tard, ça vaut de l’or ! Un filon d’articles. Une inépuisable mine de revenus dans un pays qui détient la médaille d’or du nombre d’animaux de compagnie par habitant. Médaille d’or aussi pour la consommation de tranquillisants, neuroleptiques, psychotropes et autres conneries. Médaille d’argent dans l’indiscipline alcoolique. Putain ! tuer un chien, puis se taper une couverture de presse d’enfer : un pont d’or que je t’aurais fait, Mohammed ! Avec quelle vitesse, je t’aurais fait passer de cinglé anonyme à écrivain reconnu, puis une ou deux petites places de consultant criminel ou de chroniqueur animalier, ici et là ; quelques apparitions dans des émissions de « prime », dans des « talk » ou des « reality’ pour « has-been ». Putain ! il a continué de regretter, une rente à vie, on aurait pu faire de ton crime !

A quoi bon une rente à vie, puisque je suis déjà mort, « cher ami » ?

- Va te faire foutre ! De toute façon, Mohammed, ça reste toujours Mohammed !

PALACES POUR CHIENS TOUJOURS PLUS BÊTES
« L’hôtel Trianon Palace, à Versailles, vient d’inaugurer un forfait spécial chiens. Pour 365 euros, la bête dispose de parfum, de shampoing, de lingettes nettoyantes et d’une carte de room-service comprenant des petits plats mitonnés et lui permettant, s’il le souhaite, de profiter d’un parcours d’agilité dans le parc de l’hôtel. Le quadrupède peut, en sus, recourir aux services d’un psychologue canin.
Au Crillon, à Paris, il reçoit une médaille gravée avec, d’un côté, son nom et, de l’autre, les coordonnées de l’hôtel, un jouet, un os bi fluoré, une bouteille d’eau minérale, des croquettes et un menu à 15 euros.
Le Four Seasons George V a, lui, soigné la descente de lit, avec nom brodé, accompagnée de petits jouets canins. »
Libération… (14 octobre 2003)

Piétiné d’un os canaille les élucubrations de chiens de la « haute » attendant ma lecture. Maudit une fois de plus le harceleur, planqué dans un maquis de dépêches en souffrance, attendant de formuler sa énième demande d’amitié par article interposé. Au plus mauvais moment, comme d’habitude !
Haussé un reliquat d’épaule accroché à une clavicule naguère mienne. Vaguement pensé au « Petit Prince » de Saint-Exupéry qu’une institutrice nasillarde nous débitait en feuilleton chaque samedi matin. Voulu me redessiner la façade de l’école indigène où je m’étais fané sous un autre nom que Mohammed. N’y suis pas parvenu. Juste resquillé l’alignement de quelques bancs de servitude, le tableau noir des sermons républicains… et les yeux trop noirs d’une femme à la fenêtre, clignant féroce sur le mur où, entre deux cartes de France, j’apprenais à me confectionner des tunnels d’évasion, fausser compagnie à mes camarades esclaves bavant de l’histoire officielle, peupler de tendres fantômes de coupables rêveries et de longs moments d’inattention, toujours cher payées. Retrouvé le « Petit Prince » traînant sa flemme, sa faim d’amitié et ses illusions, dans la grande cour de mon école. Senti comme un vent d’effroi s’étirer près de mes narines asséchées. Demandé au blondinet de vite déguerpir des surfaces malsaines vers lesquelles il était en train de s’aventurer, ce qu’il a fait en serrant les fesses, sans demander son compte. Imaginé le calvaire qu’il aurait enduré s’il s’était égaré en ces lieux de tapageuse information. Sûr que mon vivant voisin l’aurait vite apprivoisé. De gré ou de force. En aurait fait le coup (à tous les sens du terme) du siècle. Je le vois d’ici, le blond tendron, après une semaine d’exploitation par les ténors de l’actualité. Gros titres et articles poinçonnés à l’encre lacrymale. Compati au désespoir de l’agnelet en perdition dans le dédale des compositions à la hâte et des mises en page de dernière minute, la mèche défaite, les yeux révulsés et le cul saccagé. Son visage d’androgyne éthéré en couverture de bouquin de commande. Quelques formules d’accroche, en invite à consommer.

« Comment je me suis évadé de l’enfer des pédophiles »

Titre racoleur et plus que vendeur, j’ai constaté. Contemplé le Joufflu Bedonnant, encastré dans son linceul trois pièces, bleu (la couleur de la télé) pour la circonstance, entrant en béatitude panoramique, tout à l’exhibition de « son » œuvre imprimée. Déploré la trogne traversée par un sourire de satisfaction cherchant l’encrage permanent. Deviné ses neurones mutant en connexions de tiroir-caisse. Suivi les plans de carrière dévolus au marmot reconnaissant et à son cul dévasté : passages télé, reportage sur le suivi psychologique de l’enfant dans un quotidien de renom, enquêtes sur la maltraitance dans quelques magazines spécialisés, inflation d’euphémismes pédophiles. Droits d’adaptation… Droits de traduction… Droits dérivés… Des chiffres ont tournoyé dans mon crâne désormais vide où le Chien s’était endormi. Des tirages défilant à toute vitesse ont clapoté des berceuses. Vite interrompues.

- Putain ! si ce merdeux se pointe dans les parages, tu me le niques vite fait, Mohammed, a supplié le Joufflu Bedonnant. Tu te l’enfiles à la hussarde… à la spahi, si tu veux ? Ne me dis pas que ça te pose problème ? Ca doit beaucoup pointer dans la fesse de lait, les Arabes, j’ai lu ça quelque part… Se taper des gosses, c’est comme qui dirait dans vos gênes, non ? Pas de scrupules, Mohammed. Tu la lui mets profond, et pas qu’une fois. Du petit blond profané et souillé par du vieux bronzé, putain, le plan qu’on peut en tirer ! Après, on récupère le martyr, on le sauve des griffes du sauvage, on en fait une sorte d’archétype de « l’innocence assassinée ». On laisse monter la mayonnaise jusqu’à cent, cent vingt pages, pas plus. Que du basique. Pourquoi faire long et compliqué quand on peut faire simple, attractif. Plus c’est fédérateur et mieux ça marchera. Avec un produit pareil, on pourrait enfoncer « Jamais sans ma fille », damer le pion à ce petit con d’Harry Potter et ses tours de magie à la mords-moi le nœud… Quant au Brésilien, méga écrivain planétaire, son « Alchimiste », il n’aura plus qu’à se le carrer où je pense !

LES CHIENS NEW-YORKAIS ONT LEUR MAGAZINE
« The New-york Dog Magazine a fait son apparition, vendredi, dans les kiosques de la ville américaine. On y trouve tout pour le toutou branché : des conseils de beauté copiés sur une émission de télé (Queer Eye for the Scruffy Dog), un horoscope (Doggiescope), et même un carnet des naissances et des décès. Un psy répond aux cabots névrosés (et à leurs maîtres ?) Le journal coûte 4,99 dollars et paraîtra tous les deux mois. »
Libération… (5 octobre 2004)

Sinistre impression que d’entendre réfléchir un babinard de l’écrit et de l’image revenu de tout et s’apprêtant à y retourner. Me suis efforcé de prolonger mon apparition vers mes appartements, hanter un chemin de reddition, « The New-York Dog Magazine » me précédant, gambadant comme un chiot excité. Me suis soudain senti las. Très las. Fantôme fourbu, incapable de ramener à l’ordre les pages d’un chien fureteur, encore plus incapable d’insulter celui qui me l’avait envoyé. Impuissant et en mouvement. Voletant vers cet immense cinq pages que j’allais occuper pendant une semaine, en essayant de gommer les imprécations qui fusaient de temps à autre du quart de page où était logée la grande gueule qui me tenait lieu de voisin.

- Violé pendant cinq jours par des terroristes arabes, l’enfant martyr, actuellement en réanimation, lutte contre la mort ?

- La douloureuse et pathétique confession de l’enfant esclave arraché des griffes du sadique ?

- Jusqu’où ira l’esclavage humain ?

D’ici à ce que le Joufflu Bedonnant trouve un titre à l’article qu’il espère faire écrire, sous sa signature, j’aurai peut-être la chance d’échapper à ses obsessions en atterrissant dans un journal plus sobre, moins exposé à la vanité, à la cupidité des aspirants en notoriété. Une semaine à subir ses sollicitations, rien que d’y penser, j’ai les os qui commencent à s’effriter !

- Séquestré dans les caves d’une mosquée… Abusé… Martyrisé… En exclusivité, le calvaire du petit innocent.