(…) Manosque aller – retour s’inscrit dans le double mouvement, il va « à Manosque », il vient de Saïda. « La même majesté de la pierre » sur laquelle inscrire son « geignement de l’évocation », de Giono à Zitouni, un aller – retour. Il dit « geignement », je pensais psalmodie, en raison du mouvement de la prose : les anaphores relancent le pas du marcheur, qui va bon train, en phrases courtes, même ses haltes aux terrasses sont brèves, le temps d’une bière, une adresse à Giono et toujours le lancinant souvenir d’une fillette d’enfance, Houria, qui signifie « liberté, indépendance ». Liberté, guerre d’indépendance puis guerre civile, en quarante-six pages il trace une vie de nostalgie, et, dès l’enfance, les premiers signes d’un exil, « une émigration interne » dans les livres, « une émigration externe » en exil. (…)
Florence BOUCHE, " Rencontre avec Ahmed Zitouni ", La Marseillaise, 15 juillet 1998